Benjamin, adecouvrirabsolument.com, December 2006

Dans le livret du premier long format des Ecossais de Northern Alliance – For The Grains Of Sand- on peut lire ceci : “This album is for Aidan.” Fantasmant une hypothétique confraternité, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une manière élégante de saluer la fin d’un groupe majeur du Royaume des Scots, Arab Strap. Il n’en est rien mais à nous l’idée nous plaît. Pas simplement par paresse d’écriture. Les deux formations partagent en effet plus que leurs origines, un regard sur le monde soutenu par une paire d’yeux humides. Cependant quand Arab Strap parfumait son post-folk à la Guiness tiède, Northern Alliance aère son slow-core gorge nouée aux embruns marins – Doug Johnstone (vocaliste et multi-instrumentiste du groupe) confesse d’ailleurs dans une analyse chanson par chanson à paraître sous peu que la proximité de la mer lui est essentielle. Cette troisième sortie après les mini-albums Hope In Little Things (2003) et Disaster For Scotland (2004) convoque ainsi les images de ballades dominicales d’après-midi de novembre sur les plages des littoraux de nos enfances. Ce temps particulier -ni tout à fait lundi et plus vraiment dimanche- qui nous enseignait la rêverie et la mélancolie. On aurait souhaité pouvoir glisser dans notre walkman de l’époque (de la taille d’un dictionnaire de poche), une cassette de For The Grains Of Sand. L’introductif et languide “Wonders Of The Invisible World” nous aurait rappelé qu’il nous restait encore de belles heures avant l’école du lendemain, “Scaffolding” dessiné par la voix fragile de Viv Strachan et un motif de clavier presque souffreteux mais lumineux ou encore “Calgary” comme un écho européen au catalogue de Low, seraient parvenus à éclairer une fin de promenade tristement synonyme de début de soirée. La musique de Northern Alliance se construit par accumulations de couches concentriques de guitares, claviers ou voix. Un son qui suit une ligne courbe et nous épargne ainsi la ligne droite de la chronologie. Celle qui menait invariablement vers le lundi matin.

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